11 jui. 2015

Bibliothèque scientifique universelle de la région de Toula


par Irina Koukanova


Toula (Russie), ville de plus de 500.000 habitants, à 165 km de Moscou, est mentionnée dans les annales depuis 1146. La Bibliothèque universelle scientifique de Toula tire son origine de la bibliothèque publique, ouverte en 1833. Elle possède parmi ses collections un certain nombre de livres anciens et rares. On y trouve 14 éditions du XVIe siècle, dont la plus ancienne a été publiée à Bâle en 1527 : Philon le Juif, Libri antiquitatum, quæstionum et solutionum in Genesim, de Essaeis, de nominibus Hebraicis, de mundo… Tous les titres sont en latin, sauf un Plutarque en français. Les 41 éditions du XVIIe siècle sont principalement des oeuvres philosophiques et religieuses en latin, même si on y trouve des livres d’histoire et quelques dictionnaires, y compris en francais. Parmi les 284 livres du XVIIIe ou du début du XIXe siècle (jusqu’en 1830), 178 sont en français, parmi lesquels des grands classiques : les oeuvres de Buffon, L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, l’Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières (Panckoucke) ou la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française.
La plupart des fonds anciens sont entrés après la Révolution de 1917, avec l’arrivée de bibliothèques d’aristocrates de la région, notamment de deux grandes collections familiales : Gorboff et Dolgorukov. Nikolaii Gorboff (1859/60-1921/22) était un propriétaire de la region de Toula, écrivain, critique d’art, bibliophile, mécène, pédagogue (il a ouvert des écoles pour les enfants de la region de Toula et organisé des stages pour les professeurs, notamment des études à l’étranger). Mikhail Gorbov, son père, possédait des manufactures et avait une activité de traducteur. La famille Gorboff a rassemblé une riche collection de livres russes et en langues étrangères dans son domaine de Pertovskoye. La bibliothèque comptait 10.000 volumes sur l’histoire, la religion, la philosophie, l’histoire de l’art et la pédagogie. Tous les volumes portent l’ex-libris de N. Gorboff ou de son père. La deuxième grande collection, celle du prince Dolgorukov (1841-1916), comprend des livres en différentes langues sur l’histoire, l’art, les belles-lettres, la géographie, la biologie, la philosophie. Elle inclut aussi celle de son grand-père A. Malinovskii qui était sénateur.
La Bibliothèque universelle scientifique de Toula possède des ouvrages provenant de personnes liées à la région : le comte A. Bobrinsky, l’ingénieur I. Bresinsky, le propriétaire M. Erchov, le forestier M. Ladygenskiy et d’autres. Parmi les noms des bibliophiles on peut trouver des personnes qui ont une renommée internationale : le comte A. Bestoujev-Rumin qui tenait de hautes fonctions à la Cour en tant que chancelier d’Élizabeth, la fille de Pierre le Grand, feld-maréchal de Catherine II ; le comte Dimitri Boutourlin, sénateur, chambellan, directeur de l’Ermitage impérial, bibliophile et collectionneur ; le roi de Pologne Frédéric-Auguste II.
Depuis 2000, les bibliothécaires de la section des livres rares russes et de la section de la littérature en langues étrangères rassemblent de l’information sur les bibliophiles dont les collections sont présentes dans le fonds de la bibliothèque. Le résultat de ce travail est l’édition illustrée des ex-libris, des estampilles et des mentions de provenance autographes, parue en 2008 pour le 175e anniversaire de la Bibliothèque. L’édition comprend trois parties et 93 noms de gens mondialement connus (tels Leon Tolstoï, James Aldridge, Ivan Bounine et d’autres) et de personnes que nous avons découvertes au cours des recherches (la poétesse francaise Berthe Nordez, le musicien et professeur de chant à Saint-Petersbourg I. Morelli…).
Puisque dans le fonds de la bibliothèque il y a des livres qui faisaient partie de différentes institutions, bibliothèques ou sociétés, on va travailler pour la deuxieme édition du livre sur les ex-libris institutionnels. Les cachets sont présents dans la plupart des cas sur des livres publiés après 1830. Cette collection est la plus riche (plus de 7 000 exemplaires), la majorité des livres étant en francais, la langue la plus repandue dans l’aristocratie russe du XIXe siècle. Les livres anciens et rares reflètent comme un miroir l’époque où ils furent écrits et publiés, le destin des personnes qui les possédaient, l’histoire de la région et la formation du fonds de la bibliothèque où ils sont conservés.
Inna Koukanova, Bibliothèque scientifique universelle de Toula, 48, rue Tourguenevskaya, 300600 Toula, Russie. Courriel : Koukanova@gmail.com.

 
 
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