1er jui. 1979

NLA 20 - The book collector

Nous recevons d’un correspondant anglais dont nous n’avons pas réussi à percer l’anonymat :

THE BOOK COLLECTOR

Il y a près de vingt ans, Cyril Connolly, l’enfant terrible de la littérature anglaise contemporaine, se livrait, dans le London Magazine, à une parodie malicieuse de son ami, Ian Fleming. Il 1’intitula "Bond lève le camp”"et y plaça James Bond au moment où, avant de replier son doigt sur la gâchette de son fidèle Beretta et de se livrer à tous ses autres rites préparatoires au sommeil, il posait The Book Collector sur sa table de nuit. C’était vraiment une blague "dans le vent". Connolly et Fleming étaient tous deux des collectionneurs invétérés et Connolly savait bien que Fleming possédait la seule et unique revue qui flattât leur vice, donnant des articles qui faisaient autorité sur les "Auteurs non recensés", les "Bibliothèques peu connues", les collections d’ouvrages anciens et actuels, aussi bien que les toutes dernières nouvelles, souvent racontées de manière piquante, du livre ancien et de son univers, pour ne rien dire des pages "bibliographiques" inestimables de "Courrier du Lecteur". Pour Connolly comme pour Fleming et leurs contemporains, cette mixture était sans prix : elle ne l’est pas moins aujourd’hui pour une autre génération.

Depuis les débuts de la revue, en 1952, John Hayward, auteur du fameux Catalogue de l’exposition de 1947 sur la poésie anglaise, critique à la fois rigoureux et amical de T.S. Eliot et d’autres écrivains contemporains, fut le rédacteur en chef du Book Collector et le resta jusqu’à sa mort, en 1965. Il eut pour successeur Nicolas Barker, l’auteur de la biographie de l’imprimeur Stanley Morison ainsi que de la Bibliotheca Lindesiana, chronique d’une des plus belles collections de livres et d’illustrations du XIXème siècle. Hayward et Barker ont donné l’un et l’autre à la revue sa qualité sans égale. Egalement "chez elle" des deux cotés de l’Atlantique, elle est loin d’être exclusivement anglo-saxonne tant par son contenu que par l’intérêt qu’elle suscite. C’est dans le Book Collector que parut le compte rendu de Charles Albert Spoelberch de Lovenjoul, que furent divulguées la surprenante histoire de la redécouverte du premier texte à cartons de Thomas Mann, "Walsungenbliit”, et la mystérieuse mésaventure de son auteur à Munich. Là aussi, les travaux du Pr. Henri-Jean Martin, depuis L’apparition du livre jusqu’aux Registres du libraire Nicolas, ont été recensés et présentés au monde anglo-saxon. Là encore, est parue une série d’articles et de comptes rendus sur les matières et par les auteurs d’origine polonaise, russe et d’autres pays de l’Est. On y trouve aussi des comptes rendus de ventes, des catalogues et des livres d’Europe de l’Ouest.

La variété n’est pas la perfection. The Book Collector essaie de combiner bibliographie, bibliophilie et "bibliopolie”. Sans aucun doute, ne parvient-il pas davantage à satisfaire le "pur” bibliophile que le ”pur” historien ; mais, s’il n’est pas exhaustif, il est rarement ennuyeux. Voici ses défauts : il n’accorde pas assez de place aux livres et aux bibliothèques françaises ; ses annonces de ventes françaises et de leurs catalogues ne sont pas aussi complètes que le directeur de la publication le souhaiterait. Mais de bonnes communications exigent une circulation dans les deux sens. Davantage de collaborateurs français, davantage de souscripteurs français seraient non seulement appréciés pour eux-mêmes, mais encore renforceraient et élargiraient l’audience du Book Collector là où il a toujours cherché à être fort. John Hayward était un francophile notoire en matière de littérature et de bibliographie ; la collection de Ian Fleming embrassait la pensée européenne. Un lien plus étroit encore avec la France est essentiel à la prospérité du Book Collector.
N.B.T.E.O.T.B.C.
 
 
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