11 jui. 2015

« Libraries at risk » (Bibliothèques en danger)


« Libraries at risk » (Bibliothèques en danger)


par David MCKITTERICK


Quand nous parlons de bibliothèques en danger, nous pensons à plusieurs choses,mais à deux en particulier. L’une et l’autre concernent leur santé économique. La première résulte d’une crise économique (bien plus ancienne que l’actuelle crise dont nosmédias sont remplis). La seconde, curieusement résulte d’un boom de la consommation.
Commençons par la crise. Elle n’est que trop évidente. En Italie, les bibliothèques nationales sont désespérément à court d’argent. EnGrande-Bretagne, on estime à 20%le nombre des bibliothèquesmenacées de fermeture. En Allemagne, on a vu la région pourtant riche du Bade-Wurtemberg proposer la vente de manuscrits médiévaux, et à Mayence la belle Stadtbibliothek menacée de dispersion. Aux États-Unis, des bibliothèques publiques ont été fermées, et leurs fonctions parfois transférées à des compagnies privées. Les bibliothécaires professionnels sont remplacés par des bénévoles. Partout les bibliothèques de recherche doivent faire face à des coupes dans leurs budgets d’acquisitions, en raison de l’augmentation du coût des abonnements aux périodiques, bien supérieure à l’inflation. Quant aux achats de livres, la British Library a été confrontée à une grave crise il y a quelques mois, quand il a fallu trouver neuf millions de livres pour acheter l’Évangéliaire de Saint- Cuthbert (VIIe siècle) : la seule solution a été le gel complet des achats sur le marché de l’antiquariat.
Pour reprendre une formule élimée : les bibliothèques sont des lieux de mémoire. C’est vrai tant pour les bibliothèques dont lamission est de répondre aux besoins de lecture courants que pour les très grandes institutions d’envergure nationale qui conservent des millions de livres anciens et de manuscrits.Toutes contribuent à la définition de notre société. Les livres qu’elles renferment sont les témoins de notre passé et de notre présent. Forcés d’économiser, les bibliothécaires ont renoncé à des millions de livres et se sont ouverts au monde nouveau des publications électroniques,moins dévoreuses d’espace.Mais ce nouveaumonde coûte cher. Il requiert des compétences nouvelles et coûteuses et des investissements permanents. Pour les lecteurs, ce peut être un apport immense quoique nous n’en appréciions pas pleinement l’étendue. Une chose est claire : l’édition électronique a un effet direct sur l’édition traditionnelle. Nous n’avons tout simplement pas assez d’argent pour nous offrir les deux – et pour les entretenir.
D’un autre côté, pour certains consommateurs, c’est le début d’un âge d’or. Les kindles et autres appareils se vendent en énormes quantités – à la mesure de l’engouement du public, pressé d’en découvrir tous les avantages. Les grandes maisons d’édition réalisent qu’elles ne survivront pas si leurs livres ne sont pas commercialisés sous forme téléchargeable. Au coeur de la crise économique qui touche l’Occident, nous sommes également au coeur d’une révolution encore plus grande que l’invention de l’imprimerie. Pour lemeilleur ou pour le pire, et certainement selon des critères très variables, des millions de livres sont numérisés et mis à la disposition de quiconque possède l’équipement approprié. Beaucoup de gens se demandent si nous avons encore besoin de bibliothèques, quand il est possible de télécharger tant de choses chaque fois que nous en avons besoin. Les problèmes sont complexes. Il n’existe pas d’alternative toute faite, bien que tout ceci se résume au fond à quelques questions centrales.
À quoi servent les bibliothèques ? Dans quelle mesure peut-il y avoir différentes catégories de bibliothèques ? Comment répondre à la demande de tous, et pas seulement de ceux qui possèdent les derniers gadgets électroniques à la mode ? Les bibliothèques publiques sont responsables du passé, du présent et du futur devant tout lemonde, pas seulement devant quelques-uns.Nos bibliothèques historiques ne seront plus rien, si elles ne restent pas les structures responsables à la fois de la valorisation et de la conservation des livres – que ce soit sous forme physique, électronique, ou à travers d’autres médias. Le débat sur l’avenir des bibliothèques dans cemonde nouveau ne peut qu’intégrer tous ces aspects. Comment vont-elles s’entendre ? Pour reprendre une vieille formule : unies elles résisteront, divisées elles s’effondreront.


 


DavidMCKITTERICK, Trinity College, Cambridge. 1llege, Cambridge.

 
 
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